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Une mobilisation constante des ONG pour la solidarité à l’international

La protection des droits humains est en France une valeur fondamentale, dans la tradition historique d’une nation dont les initiatives diplomatiques confirment un engagement soutenu pour la défense des libertés à l’étranger. Proclamés par leur Déclaration universelle dont on commémore cette année le 70ème anniversaire, les droits de l’Homme sont en outre au cœur des priorités de l’ONU qui rappelle qu’ils sont « indissociables, interdépendants et intimement liés ».

Au côté de la communauté internationale, la France poursuit une lutte permanente pour le respect de ces droits, sans aucune distinction. Avec l’appui des associations de solidarité (ONG), elle est sur le terrain pour combattre la peine de mort, la torture, l’impunité, les détentions arbitraires, les disparitions forcées, les atteintes aux droits des femmes et des enfants ou les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. [1]

Dans les domaines de la solidarité internationale et du soutien au développement, le pays entretient aussi des relations de partenariat avec les ONG indépendantes, issues de la société civile, qui jouent dans le monde un rôle majeur dans la lutte contre la pauvreté, dans l’action humanitaire, la sauvegarde de l’environnement et la promotion des droits humains.

En octobre 2017, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a d’ailleurs rappelé la place prépondérante des droits de l’Homme dans les missions d’une diplomatie française à présent en butte au «  rétrécissement de l’espace de la société civile dans de nombreux pays » et « aux menaces qui pèsent notamment sur les défenseurs des droits ». L’égalité des femmes et des hommes a été elle aussi longuement évoquée. [2]

Devant les représentants des organisations de solidarité reçues au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a également fait état des « violations du droit international humanitaire » avant d’aborder les « moyens de réformer » le système des aides pour le rendre « plus efficace » auprès des populations menacées. Le ministre a enfin souhaité « conforter (…) les moyens financiers dédiés à l’action humanitaire ».

Face aux crises, aux conflits durables et aux besoins accrus des peuples touchés, la France a donc élaboré une stratégie qui fixe dès cette année « un cap clair assorti de moyens pour accroître et améliorer l’aide » d’ici 2022. 15 mesures concrètes ont déjà été adoptées en ce sens. Afin « d’œuvrer davantage à la solidarité et la stabilité internationale », le plan prévoit encore de « tripler » les financements sur la même période, pour atteindre les 500 millions d’euros (M€) annuels dans quatre ans. [3]

Missions plurielles

En France, les ONG sont surtout des associations, très rarement des fondations (2%), mais il n’y a pas de données officielles pour les dénombrer. Elles seraient actuellement près de 450 [4]. Depuis 1945, le Secours populaire français (80 000 bénévoles) est l’un de ces mouvements qui œuvrent sur le territoire ou à l’étranger pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion. En 2017, il est venu en aide à quelque 3,3 M de personnes.

En droit, les ONG n’ont cependant aucune définition juridique claire [5] tandis que la notion d’« humanitaire » ne cerne pas précisément leurs missions plurielles souvent cantonnées à tort à l’urgence. Désignées comme des « Associations (ou Organisations) de solidarité internationale » (Asi/Osi) hors du cadre de l’ONU, elles sont dans les faits des organismes non lucratifs, émanant « d’une mobilisation militante et citoyenne à caractère privé, agissant pour des causes sociales (…), avec une dimension internationale ». [6]

Les droits de l’Homme, la solidarité et l’environnement motivent leurs actions sur des terrains où la plupart est à pied d’œuvre. D’autres sont engagées dans des processus de « plaidoyers » pour influencer les lieux de pouvoirs, les gouvernants et les décideurs. Leur objectif, témoigner et alerter afin de parvenir à des évolutions concrètes en faveur des individus et des peuples concernés.

Les organisations de solidarité agissent dans un monde actuel où la brutalité des chiffres dresse un constat alarmant. Au quotidien, elles interviennent auprès de 128 millions (M) de personnes à secourir en urgence. 23 pays, secoués par des crises plus longues et plus complexes, sont les scènes de conflits armés provoquant les déplacements forcés de réfugiés, estimés à 65,5 M en 2016. Cette année-là, des catastrophes naturelles plus fréquentes qu’auparavant ont fait 204 M de victimes. Aujourd’hui, 1,02 milliard (Md) d’humains souffrent encore de malnutrition. Entre autres. [7]
Confronté aux mêmes détresses, Emmaüs International (350 groupes dans 37 pays) va organiser en septembre son 1er Forum mondial des Alternatives en associant à Genève des acteurs internationaux de la société civile. Il s’agira d’élaborer ensemble d’autres moyens de lutter contre les exclusions et de trouver des solutions durables à la violation des droits humains. « Pour la première fois depuis la disparition de l’Abbé Pierre, les groupes Emmaüs du monde entier se donnent rendez-vous pour faire entendre, avec les plus exclus, les solutions possibles pour éradiquer la pauvreté », précise Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale du Mouvement.

2 millions de donateurs

Sur les 40 000 associations humanitaires recensées en France, près de 1% opère à l’étranger en s’appuyant sur des effectifs constitués en moyenne de 70% de professionnels volontaires. D’un poids financier de 1,7 Md€ en 2016 (vs 1,2 Md€ en 2012), elles ont enregistré en quatre ans une forte augmentation de leurs ressources (+38%), marquée en 2015 par un pic de +16% par rapport à 2014. Cet accroissement, généré par des dons supplémentaires, peut s’expliquer par une recrudescence de crises en Syrie, au Yémen, en Afrique de l’Ouest et au Népal. [8]
D’après les résultats de l’enquête Coordination Sud menée il y a un an auprès de 131 associations et deux fondations, les ONG françaises ont bénéficié de 863 M€ de ressources privées entre 2012 et 2016 (vs 718 M€ en 2006-2011). Soit une hausse de 20% (+145 M€), liée à un apport plus important de fonds internationaux et à une générosité publique plus marquée, représentant 59% des ressources (90% de dons, 10% de legs). Dans la globalité, les financements publics à l’international (+ 64%) ont par ailleurs atteint 807 M€ (vs 493 M€ auparavant).

De son côté, le Secours Islamique France (SIF) observe aujourd’hui la «  stabilité » du volume de ses dons recueillis (24 M€ en 2017) et la « légère diminution » de la proportion de ses donateurs. « Nous souhaitons développer davantage nos financements institutionnels, » ajoute Lahcen Amerzoug, en charge des legs et des donations au sein du SIF (labellisé « Don en confiance »), l’une des ONG les plus importantes en France.

D’après un classement établi par Recherches & Solidarités [9], les Restos du Cœur, la Croix-Rouge, le Secours catholique et Médecins sans Frontières figurent parmi les cinq premiers collecteurs de dons. Ils devancent de peu le Comité français pour l’Unicef, Médecins du Monde, Handicap International ou Action contre la faim. Le Secours Islamique se hisse au 15ème rang. Les 20 premières ONG françaises représentent en outre à elles seules 75% d’un budget global auquel contribuent près de 2 M de donateurs.

Différentes études montrent aussi que 58% des Français ont aidé les associations en 2016, dont 46% sont des soutiens réguliers (une fois par an ou plus). Les moins de 35 ans (23% des donateurs) ont plutôt privilégié l’aide internationale et le secours aux victimes de conflits tandis que leurs aînés ont davantage pris position pour les combats contre la pauvreté ou se sont mobilisés pour des actions essentiellement humanistes.

Les droits pour tous

Selon Reporters sans Frontières (RsF), « la demande de droits n’a jamais été aussi forte » dans un monde qui s’inquiète en particulier de la Chine et de la Russie plus fermes, de la Turquie et de l’Égypte plus autoritaires ou des Philippines décimées par une prétendue guerre des drogues. Si les populismes germent peu à peu en Europe, les décisions impulsives du président des États-Unis ne rassurent pas sur la scène internationale. Human Rights Watch (HRW) observe à ce propos « un regain d’engagements » que confirme Amnesty International France, en se basant sur ses 100 060 nouveaux adhérents (dont 53 834 donateurs) recensés depuis janvier 2016.

Dans son volumineux rapport annuel publié en février 2018, l’organisation fait en outre un état des lieux complet dans 159 pays du monde de 2017, soulignant qu’elle est « l’une des années ayant eu le plus d’impacts sur les droits humains ». Les 490 pages du bilan pointent des « décideurs politiques » qui « ont tenu des discours de haine, se sont battus contre les droits, ont ignoré des crimes contre l’humanité et laissé croître les inégalités ». D’après Amnesty, ces « injustices » ont toutefois « provoqué de nombreuses manifestations » qui montrent que « la volonté citoyenne de résister est toujours aussi forte ». [10]

Pour être efficaces, les actions des ONG nécessitent le plus souvent de longues enquêtes préalables sur place visant à recueillir - parfois dans des conditions extrêmes - des faits avérés et précis qui déclencheront les alertes publiques par la mobilisation des sympathisants et des militants. À l’appui de plaidoyers (« l’arme essentielle de l’influence des comportements, » selon RsF), certaines interviennent aussi auprès des pouvoirs français et étrangers pour faire entendre ceux dont les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels sont mis à mal. [11]
Sur le sol français, les ONG et l’ensemble de la société civile ont également pour rôle particulier d’interpeller le chef de l’État sur la nécessité à défendre publiquement les droits de l’Homme, là où ils sont menacés, remis en cause ou bafoués. Des prises de position officielles, réaffirmées et fortes, semblent maintenant d’autant plus légitimes que se profile la prochaine journée du 10 décembre. C’est à cette date en effet que le pays a prévu de s’associer à la communauté internationale pour célébrer le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Pour contribuer aussi à bâtir un monde un peu plus apaisé, à défaut d’être enfin en paix.

Alain Baudin

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires


Notes

[1Représentation permanente de la France auprès des Nations Unies à New York, onu.delegfrance.org

[2France Diplomatie, Actualités et évènements. diplomatie.gouv.fr

[3Stratégie humanitaire de la République française, 2018 – 2022, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

[4Le site ritimo.org propose un répertoire en ligne des acteurs de la solidarité internationale en France.

[5Cabinet d’avocats Jurisexpert, jurisexpert.net/ong-et-associations/

[6Coordination Sud (Solidarité, Urgence, Développement), coordinationsud.org

[7Quai d’Orsay, Nations Unies (Bcah, Fao).

[8Résultats de l’enquête sur les ressources et dépenses 2012 – 2016, Étude « Argent et Associations de Solidarité internationale », Édition mars 2018, Coordination Sud.

[9La générosité des Français, novembre 2017, 22ème édition, Recherches & Solidarités.

[10La situation des droits humains dans le monde, rapport 2017 – 2018, Amnesty International

[11Droits de l’Homme : le vrai rôle des ONG, Interactions n° 24, 18 janvier 2018, Le Figaro – Youtube.

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