Notaires et start-up : les débuts d’une collaboration ?

Les start-up qui sont apparues peu à peu dans le monde du droit ont suscité crainte, voire rejet du notariat. Pourtant, face aux évolutions rapides des technologies et des exigences des clients, la profession regarde peu à peu d’un autre œil ces nouveaux arrivants. Et plutôt qu’une menace, voit en eux des partenaires potentiels pour faire évoluer leur métier.
Signe de cette acceptation : pour la première fois, le Congrès des notaires a accueilli quatre start-up dans un espace dédié. Le Village des Notaires s’est entretenu avec elles pour en savoir plus sur leurs projets qui ont séduit la profession.

Des start-up sur le volet de l’immobilier

Chacune avec leur solution, ces start-up ont choisi de se positionner sur le marché de l’immobilier, domaine important pour la profession. Et d’utiliser les nouvelles technologies pour apporter de la valeur ajoutée aux études. MyNotary et FoxNot proposent ainsi une plateforme qui permet au notaire de gérer avec ses clients et les différents intervenants une vente immobilière de façon entièrement dématérialisée. De son côté, Homagency.com accompagne également particuliers et notaires dans la vente de biens immobiliers, mais en proposant de les décharger de toutes les petites tâches : géolocalisation des biens, photographe professionnel, photos à 360°, automatisation de la rédaction des annonces, … Enfin, OuiVisite.com offre aux notaires des services de communication par l’image, en utilisant les reportages photos et surtout la visite virtuelle.

Première à avoir ouvert la voie en 2016, MyNotary a dû faire face dans un premier temps à un rejet de la profession. « Au début, il y a eu une levée de boucliers assez forte, due à beaucoup d’inquiétude de la part des notaires, concède Sacha Boyer, co-fondateur de la start-up. Nous avons fait beaucoup de pédagogie, et avons aujourd’hui un très bon accueil, tant de la part des instances que des notaires. » Car ces nouvelles venues ont beaucoup à apporter à la profession.

Des alliées dans le développement de la relation-client

C’est un enjeu dans la transformation du notariat : développer et perfectionner la relation avec le client. Pour être en adéquation avec son temps, les nouveaux usages et les attentes des citoyens, il leur faut être plus rapides dans les échanges et plus accessibles. Comme le souligne Thierry Arnaly, président de FoxNot, « les notaires prennent conscience que le client est vraiment au centre de leurs préoccupations et qu’il faut vraiment mettre l’effort sur la relation-client. »

Ces start-up, en apportant leurs outils, les aident à aller dans la bonne direction. Homagency.com, dans ses services aux particuliers, ont par exemple développé « un espace notaire partagé, explique son fondateur Olivier Lanza. Le vendeur met ses documents en ligne sur notre plateforme, grâce à une entreprise spécialisée dans la dématérialisation documentaire sécurisée, qui va ensuite les transmettre au notaire. » « Les études sont assez curieuses de voir ce qu’elles peuvent développer pour répondre aux demandes d’une clientèle rajeunissante, qui a plus de pouvoir d’achat, confirme Sophie Pidoux, commerciale chez OuiViste.com. Et la visite virtuelle est quelque chose qui leur parle. La notoriété de l’étude y gagne également, parce que l’on prouve que l’on est à la page et que l’on s’adapte aux nouvelles technologies. »

C’est également un moyen de se prémunir des éventuelles concurrences qui pourraient apparaître. « Nous voulons protéger le professionnel grâce au digital, confirme Sacha Boyer. Le côté relation client, le côté humain, et la compétence juridique du notaire sont irremplaçables. Et en utilisant des outils digitaux de pointe, vous empêchez tout risque de plateformes qui viendraient des Etats-Unis. Si le client a déjà ces services avec son notaire, il n’a pas besoin de service externe. »

Des solutions pour plus de productivité

Autre amélioration que permettent ces outils : le gain de temps, donc de productivité. « Nous partons du principe que les notaires et les collaborateurs notaires ne doivent pas passer la majorité de leur temps à faire de la gestion administrative, mais plutôt du conseil, de l’analyse de pièces, et de la rédaction pointue » confirme Sacha Boyer. « Les notaires savent que nous leur offrons une forte augmentation de leur productivité, renchérit Thierry Arnaly. Ils vont pouvoir gagner jusqu’à 5 heures par dossier, sur la collecte des informations, sur le contrôle des informations, sur le dépôt des informations dans leur logiciel métier, … Nous éliminons beaucoup de tâches sans valeur ajoutée. »

Eliminer les tâches chronophages, répétitives ou administratives est effectivement l’objet principal de la montée du numérique dans toutes les professions du droit. « Les notaires recherchent une solution pour doter leurs services de transaction d’un outil qui soit simple, puissant et économique, souligne Olivier Lanza. Nous avons tout digitalisé, tout est automatique, afin que les équipes soient mieux armées et se recentrent sur leur vraie valeur ajoutée. » Une problématique qui intéresse tous les types d’études, les grandes pour plus de productivité de leurs équipes, les petites pour gagner du temps et de la disponibilité. « Aujourd’hui, nous cherchons tous à économiser notre temps, souligne Sophie Pidoux. Avec les services que nous proposons, le négociateur peut proposer des visites ciblées. Il va par exemple sélectionner cinq biens pour un acquéreur et les lui envoyer par mail. L’acquéreur prend le temps de les visionner, puis selon les impressions de la visite virtuelle, peut choisir de ne visiter qu’un seul bien. Le négociateur de son côté va disposer de plus de temps pour rentrer plus de mandats. »

Les notaires associés au développement des start-up

Le bilan de ces trois jours de Congrès est en tout cas très positif pour les quatre start-up. « Ce Congrès a été un très bon moment, et il est très pertinent d’avoir mis en place l’espace start-up, souligne Sacha Boyer. Il faut vraiment féliciter le Congrès pour cette initiative. »
Bien accueillies, leurs offres trouvaient en plus un écho dans les débats de la commission Numérique, qui a mis en avant l’importance de la transformation numérique des études et de la relation-client. « C’est une réelle opportunité pour nous, confirme Thierry Arnaly. Nous nous déplaçons partout en France pour rencontrer les notaires et c’est un effort très important pour une petite structure comme la nôtre. Venir au Congrès nous permet de trouver un point central pour échanger avec des centaines d’entre eux. C’est une ambiance très inspirante. » Et c’est aussi l’occasion de rencontrer des investisseurs. FoxNot a notamment comme particularité d’être une start-up « 100% détenue par les notaires », ce qui renforce le lien de confiance, et l’attrait de la profession. « Nous avons mis en place des groupes de réflexion composés de notaires, et la profession sait ainsi que nous sommes une solution ouverte et à leur disposition. »

MyNotary a également décidé d’ouvrir une partie de son capital aux membres de la profession « pour répondre aux souhaits des notaires ». « Comme tout le monde aujourd’hui, il y a une volonté de diversifier son portefeuille. Alors pourquoi ne pas investir dans une société qui est proche de leur profession, qu’ils maitrisent, qu’ils connaissent, et qui a déjà fait ses preuves puisqu’elle a déjà un chiffe d’affaires, donc plus sûre ? » Une décision qui s’accompagne aussi d’une récente levée de fond d’un million d’euros auprès de CNP Assurances. « Nous avons fait une levée de fonds tardive, par rapport à d’autres start-up. Nous avons développé notre idée, fait du chiffre d’affaires, et ce n’est qu’après que nous avons décidé d’accélérer. CNP Assurances est une filiale de la Caisse des dépôts et consignation, très proche des notaires, qui nous apporte énormément en terme de savoir-faire, et met des spécialistes à notre disposition. C’est quelque chose de très précieux, quand un investisseur vous apporte autre chose que de l’argent. »

Avec cette première ouverture du Congrès aux start-up, les organisateurs ont démontré que plutôt que la méfiance, l’ouverture et la collaboration avec ces nouveaux acteurs étaient de mise. Et comme l’a conclu Olivier Lanza : « A l’année prochaine ! »

Clarisse Andry
Rédaction du Village des Notaires

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