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Les associations livrent bataille pour la défense animale

Avec 7,3 millions (M) de chiens et 13,5 M de chats dans un foyer sur deux [1], la France revendique le plus grand nombre d’animaux de compagnie en Europe. Leur protection demeure un sujet sensible dans un pays où les associations nationales et locales sont mobilisées, tandis que leurs actions trouvent un écho favorable auprès du public qui les soutient financièrement.

D’après les résultats de l’enquête Ifop/Fondation 30 Millions d’Amis publiés en mars 2017, quatre Français sur cinq sont convaincus que le bien-être animal est un enjeu sociétal important. 38% des sondés le considèrent même comme prépondérant (contre 32% en 2012) et 72% se déclarent pour des mesures concrètes et rapides dans des domaines où beaucoup reste à faire. [2]

En février 2015, de longs débats ont mené à la réforme du statut juridique de l’animal désormais considéré comme un « être vivant doué de sensibilité » (art. 515-14 du Code Civil). À l’origine de cette avancée majeure soutenue par 24 intellectuels, la Fondation 30 Millions d’Amis a estimé qu’elle n’était pas « un point d’arrivée victorieux » mais « un point de départ ambitieux ».

En termes de droit animalier, il s’agit désormais d’aller plus loin face au besoin de réglementer qui se profile dans les élevages intensifs, les sites d’abattage, les fermes à fourrure et les laboratoires d’expérimentation. L’offensive judiciaire est en cours. Ciblant la chasse à courre et la tauromachie, la SPA a récemment annoncé la saisie des tribunaux de Compiègne (Oise) et Paris pour des « actes de cruauté ».

Dans son combat contre des « pratiques barbares d’un autre siècle », l’association a fait savoir qu’elle poursuivra ses actions en justice à l’avenir. Elle a également affirmé qu’elle se battra pour l’évolution de la législation et la reconnaissance de la « personnalité juridique » de l’animal. [3]

Actions de terrain

Créée en 1845, la SPA remédie aux détresses par la lutte contre les abandons et la maltraitance. Chaque année, 64 refuges et douze dispensaires hébergent près de 50 000 chats, chiens, « Nac » et équidés. En 2016, 41 130 ont été adoptés et 133 000 ont fait l’objet de soins. Sur le terrain, quatre inspecteurs et 1 000 délégués ont réalisé 3 000 enquêtes sur des faits de sévices et de cruautés. La vigilance a conduit au dépôt de plus de 300 plaintes. [4]

Pour s’acquitter de ses missions, la première et plus ancienne association de défense animale s’appuie sur 656 salariés, 3 000 bénévoles et 22 000 adhérents. 162 000 bienfaiteurs lui assurent 44,5 millions d’euros (M€) de ressources provenant de dons (13,5 M€) et de legs (31 M€). Soient 76% d’un budget global chiffré à 59,1 M€. « Notre désir est de privilégier les liens personnalisés avec nos légataires et nos donateurs » insiste Vincent Lazzarin, responsable des Relations Testateurs à la Spa.

Bénéficiant elle aussi de générosités, la Fondation 30 Millions d’Amis précise qu’elle oriente ses actions vers l’évolution de la législation. Une proposition de loi est en préparation pour aggraver au pénal les actes de maltraitance, passibles aujourd’hui de 2 ans de prison et 30 000€ d’amende. « Est-il normal que de tels actes soient moins punis qu’un vol ? » s’interroge le délégué général Jean-François Legueulle.

Les débuts de 2018 verront par ailleurs la publication du premier Code de l’Animal édité chez LexisNexis. L’ouvrage de 1 500 pages émane de la collaboration avec Jean-Pierre Marguénaud, professeur en droit privé à l’Université de Limoges (Nouvelle-Aquitaine) et créateur en 2009 de la Revue semestrielle de droit animalier.

La Fondation 30 millions d’Amis a été reconnue d’utilité publique en 1995. Elle emploie 30 salariés, dont dix à son refuge de Provins (Seine-et-Marne) et cinq sur son domaine de Bannegon (200 ha, Cher) où sont recueillis les équidés maltraités. En 2017, 50 bénévoles ont mené près de 1 500 enquêtes à l’issue desquelles la Fondation s’est constituée partie civile dans plus de 200 dossiers.
Secouer les consciences

Les chiffres sont éloquents. Plus de 3 M d’animaux sont tués chaque jour en France. 4,61 M de bovins (dont 1,44 M de veaux), 3,68 M d’agneaux, 23,65 M de porcs, 935 M de volailles, 544 800 moutons et 17 100 chevaux sont abattus tous les ans. 83% des 750 M de poulets de chair et 95% des porcins sont élevés en espaces clos et restreints. 68% des 37 M de poules pondeuses et 99% des 31,7 M de lapins sont confinés à vie dans des cages étroites. [5]

Pour dénoncer l’impact négatif de la consommation de produits animaux, l’association L214 Éthique & Animaux multiplie depuis 2008 la diffusion de vidéos révélant des conditions d’élevage, de transport et d’abattage insoutenables dans la production alimentaire. Relayées par les médias, les images tournées en douce ont été vues plus d’un million de fois sur la toile et les réseaux sociaux.

Elles montrent la réalité effrayante d’animaux conscients, brutalisés ou blessés avant leur mise à mort. Elles pointent des infractions et elles témoignent des lacunes d’un personnel parfois mal formé ou des carences d’un matériel inadapté. Par ses campagnes chocs, L214 entend « rendre compte de pratiques répandues, les faire évoluer ou disparaître », « nourrir le débat public » et « proposer des alternatives ». [6]

Ses investigations ont abouti en mars 2016 à l’inspection générale de 941 abattoirs d’animaux de boucherie, diligentée par le ministre de l’Agriculture. Une commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage a été désignée plus tard en septembre. Mais L214 est depuis 10 ans dans la ligne de mire d’abatteurs, d’éleveurs et de syndicalistes agricoles qui arguent d’un « prosélytisme anti-viande » et d’une « attitude stigmatisante ». Le 9 octobre dernier, deux membres du collectif ont été pour la première fois condamnés à une amende pour violation de domicile.

Le noyau dur est constitué d’une quarantaine de salariés et d’une dizaine de bénévoles, aidés des centaines de militants qui viennent en renfort lors d’actions dans les régions. L’organisation adhère à l’antispécisme, né dans les années 70 pour remettre en question les hiérarchies entre les espèces et rejeter le droit de mort de l’humain sur l’animal.

Liste rouge

Les défenseurs de la cause bataillent sur des fronts multiplies pour faire pression sur les pouvoirs publics. Soutenu par la Fondation Brigitte Bardot, un texte de loi visant à « limiter l’utilisation de fourrure en France » attend depuis 2013 d’être examiné par l’Assemblée Nationale. Dans le champ de l’expérimentation animale à laquelle s’opposent 8 Français sur 10, les associations se bagarrent pour l’avancée de la réglementation, en prônant des méthodes alternatives de recherches. En France, 1,9 M d’animaux (dont 52% de souris) ont été utilisés en 2015 à des fins scientifiques.

En novembre, la « neutralisation » à Paris d’un tigre échappé d’une ménagerie a provoqué une levée de boucliers chez les partisans des cirques sans animaux sauvages. Beaucoup ont fait part de leur « émoi » face à un « scandale ». La SPA s’est indignée sur Twitter, estimant qu’il était temps de « mettre fin à une exploitation commerciale ». Par un courrier de sa présidente Reha Hutin, la Fondation 30 millions d’Amis a rapidement interpellé Nicolas Hulot au Ministère de l’Écologie.

Destinée aux instances françaises et européennes, une pétition demande maintenant « l’interdiction (…) des animaux sauvages dans les spectacles itinérants ». L’heure est à l’urgence ; d’autant que l’Union internationale pour la Conservation de la Nature [7] vient d’inscrire les éléphants, les primates et les grands félins sur la liste rouge des espèces en voie de disparition.

Anti-corrida

Aux portes des arènes, La Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas (FLAC) poursuit un bras de fer engagé depuis 25 ans. Réunissant 16 associations et leurs 200 000 membres, elle appelle au retrait des courses de taureaux du patrimoine culturel national et elle se bat pour l’abrogation de l’alinéa 7 de l’article 521-1 du Code Pénal qui tolère les pratiques tauromachiques. [8]

La FLAC veut aussi éliminer la « violence » d’un milieu dont les plus jeunes font très tôt l’apprentissage dans les écoles taurines. « On apprend à des ados à tuer de jeunes animaux à l’abri des regards, » s’alarme Thierry Hély qui préside la Fédération. « Nous avons derrière nous 85% des Français qui nous soutiennent » ajoute-t-il.

Le Comité Radicalement Anti-Corrida (CRAC Europe) rejoint la FLAC sur le terrain de la protection de l’enfance. Créé en 1991, il est à l’origine d’un manifeste qui recueille à présent des milliers de signatures pour exiger « l’interdiction immédiate de l’accès des arènes aux moins de 18 ans ». « La contemplation morbide de ces actes d’une cruauté inouïe par des enfants (…) est intolérable et très dangereuse » souligne le manifeste [9].
« Culture et torture ne vont pas ensemble ! » s’insurge Didier Bonnet, à la tête du Comité qui s’élève contre des « actes de cruauté (…) permis par la loi dans une petite partie de sud de la France » alors qu’ils sont « réprimés sur l’essentiel du territoire ». Une enquête Ifop/Alliance Anti-Corrida a révélé en avril que 75% des sondés s’y opposent également dans les 10 départements méridionaux de tradition taurine.

D’autres associations vont toutefois plus loin dans la lutte pour la défense animale. Chez les ultras, les disciples de 269 Life Libération Animale agissent au mépris de la loi en menant des opérations « coups de poings » contre ce qu’ils nomment « l’industrie du meurtre » [10]. Créé en 2016, le groupuscule végane se réclame de l’antispécisme et revendique « l’action directe » et « la désobéissance civile ». Ses activistes les plus acharnés sont marqués d’un 269 au fer rouge pour alerter l’opinion publique. Et lui signifier aussi que la longue bataille continue.

Alain Baudin

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires


Notes

[1Agence France-Presse, septembre 2017.

[2Fondation 30 Millions d’Amis, site officiel.

[3Presse quotidienne nationale, 9 novembre 2017. Membre de la Flac, la Spa bénéficie de son partenariat dans la procédure engagée le 6 novembre à Paris.

[4Société protectrice des Animaux, site officiel.

[5Viande Info, site officiel.
Les produits carnés, avicoles et laitiers, Filières bovins viande, Données et bilan, août 2016, FranceAgriMer.

[6L214 Éthique & Animaux, site officiel.
L214. Une voix pour les animaux, Jean-Baptiste Del Amo, Préface de Brigitte Gothière, 410 pages, Arthaud, Septembre 2017.

[7The IUCN Red List of Threatened Species, site officiel.

[8Fédération des Luttes pour l’Abolition des Corridas, site officiel.

[9Comité Radicalement Anti-corrida pour la protection de l’enfance, site officiel.

[10269 Life Libération animale, site officiel.

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