Fondations et associations viennent en aide aux étudiants.

L’Union nationale des étudiants de France (Unef) est une fois de plus inquiète des coûts élevés de la vie étudiante et elle le fait savoir. Dans sa treizième enquête annuelle publiée en août, le syndicat de l’enseignement supérieur alerte même sur une hausse de 2,09% à la rentrée 2017, de trois fois supérieure à l’inflation chiffrée à 0,7% en juin par l’Insee.

D’après l’étude, l’accroissement des dépenses de la vie quotidienne, de la santé et du transport (+1,52%) explique en partie l’augmentation. Pour les auteurs, elle est plus étroitement liée à l’évolution des loyers (53% du budget étudiant, 540,50€ en moyenne) dans les villes universitaires où les prix des petites surfaces ont progressé en un an. « À chaque rentrée, prévient l’Unef, la hausse du coût de la vie enfonce un peu plus les étudiants dans la précarité. » [1]

Tableau noir

« La précarité est rampante et son impact réel sur les 2,6 millions (M) d’étudiants n’a cessé de croître » déplore Jimmy Losfeld qui préside la Fédération des associations générales étudiantes (Fage, 300 000 étudiants). Selon lui, « 20% des 18 – 24 ans » vivent sous le seuil de pauvreté, dans un milieu souvent jalonné de « galères » pour « se loger, se nourrir sainement ou se soigner correctement ». [2]

La vulnérabilité s’étend en effet au-delà du cadre du logement. La Fage (2 000 associations) révèle que 32% des étudiants ont déjà renoncé à des soins alors que 18% n’ont pas d’assurance santé complémentaire. La fédération signale encore que 65% sautent régulièrement un repas et qu’un sur trois ne mange pas de manière équilibrée, faute de moyens suffisants.

En l’absence de soutien familial, la stabilité d’un budget qui couvre toutes les dépenses oblige en outre un étudiant sur deux à travailler ; d’autant que le seuil des bourses sur critères sociaux (Bcs), soumises à des plafonds de ressources, n’excède pas cette année les 555 € mensuels. Pour la grande majorité, « une activité rémunérée » est donc « indispensable pour vivre », comme le démontre en avril 2017 l’enquête [3] de l’Observatoire national de la vie étudiante (Ove).

Or, le temps consacré à un emploi diminue d’autant celui passé à la fac. « Mener de front des études et une activité rémunérée dépassant le mi-temps est la première source d’échec à l’université » pointe encore l’Unef.

L’appui des fondations

Dispensées par l’État et gérées par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), les Bcs sont les aides annuelles les plus répandues, accordées pendant dix mois aux moins de 28 ans. Elles s’échelonnent sur huit niveaux, de l’exonération de droits d’inscription et de cotisations au versement d’une bourse de 1 009 à 5 551 €. En 2015 – 2016, 666 000 étudiants sur 2 509 400 (près d’un sur quatre) en ont bénéficié pour 400 M€.

Les fondations et les fonds de dotation confortent cependant l’action sociale publique. Forts de leur patrimoine de dons, de legs ou de subventions, ils viennent en aide aux jeunes en leur redistribuant des biens privés sous forme d’aides, de prix ou de bourses.

Les grandes écoles s’appuient sur leurs associations d’anciens diplômés (les « alumni », ndlr) pour développer leurs institutions en interne. En 2016, 20% des élèves de HEC se sont répartis 2,7 M€ et les donateurs de la Fondation ESSEC, créée en 2011, ont à ce jour collecté plus de 7 M€. Estimés à 26 M€ en 2014-2015, les montants attribués dans les écoles de commerce ont progressé de 30 % en un an.

Les fondations externes sont pour leur part à l’initiative d’entreprises et de particuliers qui font œuvre de philanthropie en contribuant à l’activité économique et au développement social. Elles interviennent dans des domaines spécifiques de l’enseignement supérieur (Sciences humaines et politiques, Arts, Communication, Ingénierie, Commerce…) selon des critères sociaux, d’excellence et de motivation. Pendant cinq ans, la Fondation Objectif grandes écoles attribue ainsi 10 000€ annuels aux étudiants les plus méritants.
De 2009 à 2014, 2 000 fonds de dotation ont été créés en France et le nombre des fondations a augmenté de 43% pour atteindre les 2 230 à la même époque [4]. En 2015, la Fondation de France et ses 120 fondations sous égide ont accordé plus de 2 200 bourses (pour 5,7 M€) afin d’accompagner un projet personnel, financer des études ou contribuer à des frais de vie.
Depuis un an, la Fondation de France offre en outre un accès direct et rapide à fondationdefrance.org/fr/guide-des-bourses à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone. Outil gratuit indispensable, ce moteur de recherches est mis à jour en temps réel pour recenser les aides existantes tandis qu’un formulaire multicritères identifie (en neuf étapes) les dispositifs qui favoriseront les initiatives individuelles menées en France et à l’étranger. [5]

Solidarités

Les fondations épaulent par ailleurs les associations en lutte contre une précarité qui « continue de s’aggraver », selon les organisations étudiantes. Avec les ministères concernés, Carrefour, Le France s’engage, Daniel et Nina Carosso, la Macif, PSA Peugeot-Citroën et CNP Assurances soutiennent notamment la Fage qui, depuis 2011, structure ses Agoraé en un large réseau universitaire d’épiceries sociales et solidaires.
En six ans, quatorze projets ont vu le jour et cinq autres sont en phase de réalisation. 163 tonnes de produits alimentaires (soient 1,824 M€) ont été vendus aux étudiants à des prix de 80 à 90% inférieurs à ceux de la grande distribution. Les Agoraé sont aussi des espaces de rencontres, d’échanges, de conseils et de débats où des actions culturelles, sportives et de loisirs sont mises en œuvre pour recréer le lien social.

« L’étudiant bénéficie ici d’un système adapté qui n’est pas de l’assistanat et qui ne le stigmatise pas, » précise la Fage qui milite pour « l’égalité des chances, la solidarité et l’action citoyenne ». [6] En août 2016, le réseau Agoraé a été l’un des lauréats de la Fondation La France s’engage, créée par l’Élysée pour promouvoir « ceux qui font bouger la France » par des partenariats publics et privés.

Accueils

« La lutte contre la précarité étudiante est devenue l’un de nos axes prioritaires, » rappelle de son côté Christian Lampin, secrétaire national du Secours populaire français (Spf). Depuis deux ans, l’association d’utilité publique multiplie ses permanences sur les campus où les bénévoles reçoivent un public toujours plus nombreux. « En 2016, indique Christian Lampin, nous avions une dizaine d’antennes et nous sommes passés à 18 en quelques mois. »

Le maillage s’étend avec le partenariat des présidents d’universités, des Crous, des bureaux d’étudiants et des intervenants sociaux. Les aides sont alimentaires et vestimentaires. Des accueils sont dédiés à la santé. « Je crois au travail commun entre l’université et les associations de solidarité, » assure Danielle Tartakowsky, présidente de Paris VIII et ambassadrice de la solidarité au Spf.

Avec la participation de juristes et d’avocats volontaires, l’association organise depuis peu des permanences d’aides juridiques dans les différents domaines du droit. Les étudiants en situation de précarité sont aussi conseillés dans leurs démarches en lien avec les services publics. Constatant que le non-recours aux aides sociales est fréquent, le Spf propose encore un suivi administratif afin que les étudiants puissent en bénéficier. [7]

Intergénérations

Face à la hausse progressive des coûts de la vie et la baisse de 5€ de l’APL, les associations et les fondations s’efforcent de répondre aux problématiques récurrentes du logement. Acteur de l’économie sociale et solidaire, le Club Étudiant offre ainsi plus de 8000 hébergements en résidences dans la plupart des villes universitaires. À Paris où les difficultés sont plus grandes sur un marché locatif saturé, Solidarité Étudiante a lancé dernièrement CoopColoc, un dispositif coopératif novateur qui loge à des prix décents et qui accompagne les recours aux aides sociales.

D’autres structures encouragent les colocations solidaires et les cohabitations entre générations à frais réduits ou gratuites. Le réseau Cohabitation solidaire intergénérationnelle (Cosi) fédère des associations engagées dans cette voie et il estime à 5 000 le nombre de binômes séniors-jeunes créés depuis 2004 en France, dont 500 en 2015 – 2016. Déjà pionnier sur le terrain de l’intergénérationnel, le mouvement Habitat et Humanisme expérimente aujourd’hui la colocation bi-générationnelle à Nice. « L’innovation est l’une de nos particularités, » souligne Marie Savereux, responsable de la communication et du marketing.

Pour mieux lutter contre les inégalités dans les zones défavorisées, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev, 156 salariés) développe de son côté les « Kolocations à projets solidaires » depuis 7 ans. D’après un concept original qui renforce les liens entre les universités et les quartiers populaires, les Kaps proposent des formules de colocations avec les habitants en échange d’actions communes visant à favoriser le mieux-vivre ensemble. [8]

À l’heure actuelle, les Kaps sont implantées dans une trentaine de villes. Elles hébergent quelque 600 jeunes « kapseurs » au prix mensuel moyen de 230€ (avant APL) en province et de 360€ en Île-de-France.

Alain Baudin

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°66


Notes

[1Enquête sur le coût de la vie étudiante 2017, 20 août 2017, Union nationale des étudiants de France.

[2Fédération des associations générales étudiantes, site officiel.

[3Enquête nationale, Conditions de vie des étudiant-e-s 2016, L’activité rémunérée des étudiants, avril 2017, Observatoire national de la vie étudiante.

[4Les fonds et fondations en France de 2001 à 2014, étude menée avec le Bureau des associations et fondations du Ministère de l’Intérieur et le concours de Viviane Tchernonog, chercheur au Cnrs.

[5Fondation de France, site officiel.

[6Fédération des associations générales étudiantes, site officiel.

[7Secours populaire français, site officiel.

[8Association de la vie étudiante pour la ville, site officiel.

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