Être aidé en tant que jeune notaire, est-ce 
possible ?

Le notaire qui s’installe se sent souvent très seul face aux responsabilités qui sont les siennes, et l’image du notable et le statut d’officier public semblent soudain très lointains. Selon le Baromètre notaires créateurs 2019, les difficultés les plus prégnantes portent sur la solitude du chef d’entreprise, le manque de compétences ciblées – comptabilité et formalités – et la création de sa clientèle. Ceux qui reprennent une étude se retrouvent également confrontés à des problématiques de management. Quelles sont les ressources dont disposent les nouveaux notaires ? Quel rôle joue les associations dans ce domaine ? Comment les notaires utilisent-ils ces ressources ? Et comment peuvent-elles évoluer pour toucher encore davantage de notaires ?

Parmi les notaires ayant répondu à notre enquête sur le sujet, 75 % des répondants disent ne pas avoir été aidés du tout dans leur installation. C’est un chiffre important. Parmi les manques identifiés par les répondants, on trouve des éléments tels qu’« un meilleur accompagnement », une aide sur « les différentes étapes nécessaires à une ouverture », un guide pratique, une meilleure information « sur les structures », ou sur 
« les us et coutumes » de la profession, ainsi que des demandes récurrentes sur la comptabilité et la gestion de l’étude. De manière significative, les sources d’informations plébiscitées durant la phase de création sont : en premier, les conseils des confrères, et en second, les réseaux sociaux – et au premier chef, Facebook – dont les qualités principales sont l’accessibilité et la réactivité. Il conviendrait sans doute de s’en inspirer pour permettre une meilleure circulation de l’information au sein de la profession.

Pourtant, l’écosystème notarial développe des initiatives de qualité pour développer l’aide à bien des niveaux. Les Chambres des Notaires sont des ressources très bien identifiées par toute la profession. Le CSN a récemment développé l’Association Notariale de Conseil, une structure d’aide en ligne très bien faite et gratuite pour les notaires et les candidats à l’installation. Sa FAQ est d’excellente qualité, et son site propose de nombreuses rubriques, notamment en management, ainsi que le Kit d’installation nouveaux notaires mis au point par le CSN avec un ensemble de fiches pratiques comprenant des références de qualité et des contacts. Pour personnaliser le service, l’ACN a développé une cellule assistance-installation pour « assister les notaires dans la réalisation des opérations », les « informer sur les évolutions possibles de leur structure », ainsi que « répondre à leurs diverses interrogations ».
Encore trop peu utilisés, malgré leur ancienneté, les Cridon sont des institutions de référence qui offrent tout autant des consultations juridiques par téléphone ou mail, l’envoi de documentation, ou des séminaires de formation continue.
Les associations thématiques

Il existe aujourd’hui différents réseaux associatifs de notaires spécialisés selon des thématiques sectorielles : Notel, Pharmétudes, Jurisvin,... Ils constituent des outils très adaptés pour développer ses compétences, mutualiser des ressources entre notaires, et élargir sa clientèle. D’autres structures verront certainement le jour dans les années qui viennent, pour répondre aux évolutions économiques, comme on l’a vu chez nos voisins néerlandais qui ont, par exemple, créé une association notariale spécialisée dans les technologies de l’information.

Les nouvelles attentes

Les évolutions du notariat indiquent les directions à prendre. Si l’organisation d’événements classiques peine à toucher les jeunes notaires ou aspirants notaires, c’est que ceux-ci ont le sentiment que la même information est disponible, plus rapidement, en ligne. Dans le même temps, si les espaces de convivialité, qu’ils soient virtuels comme les forums collaboratifs, ou réels comme le congrès du MJN, parviennent à attirer de plus en plus de notaires, c’est sans doute parce qu’ils répondent à des besoins essentiels pour les notaires en cours d’installation. Le nouveau notariat est en cela à l’image de la société et de ses nouvelles générations, il veut obtenir l’information la plus vite possible tout en recherchant un service très personnalisé, très interactif, mais veut compenser cette individualisation en fréquentant des espaces de 
communication qualitatifs. Ce sont donc ces attentes qu’il faut prendre en compte pour cibler avec succès le nouveau notariat et lui permettre de servir au mieux ses clientèles.

Hubert Fabre, notaire et président de NCE : « notre association aide les notaires à développer leur activité »

À Notaires Conseil d’Entreprise, nous accueillons bien sûr des créateurs dans nos groupes de travail. L’inscription leur donne accès à nos formations sous forme de webinars, ainsi qu’à un espace partagé où poser des questions, ou échanger des modèles d’actes. Nous avons désormais une personne qui fait partie de l’association et qui répond aux questions posées sur cet espace collaboratif. Nos formations sont organisées en ligne, de manière à ne pas faire perdre de temps pour assister à des formations et à toucher ainsi un maximum de personnes. Les nouveaux notaires ont tout intérêt à se spécialiser, notamment ceux qui s’installent dans des territoires où d’autres notaires sont présents, parce qu’ils gagnent alors à se différencier pour toucher une nouvelle clientèle. Un créateur m’expliquait récemment qu’il avait axé son activité sur les baux commerciaux, afin de développer sa clientèle sans être en concurrence avec les agences immobilières, qui sont des prescripteurs importants, tout particulièrement pour les nouvelles études.

Angélique Devaux, Juriste Droit Patrimonial International, Cheuvreux Paris

Comment les notaires sont-ils soutenus dans leur début de carrière ? 
Toutes les institutions sont présentes pour accueillir les nouveaux notaires, le Conseil Supérieur du Notariat, les Chambres des notaires, le Mouvement Jeune Notariat. Les soutiens existent. Mais les difficultés sont de deux ordres : d’une part, le droit est de plus en plus complexe et en particulier le droit notarial tant il regroupe de nombreuses matières, nous devons en permanence renouveler nos connaissances et nos pratiques. Et d’autre part, les notaires ne sont pas toujours bien formés au métier de chef d’entreprise, alors que c’est essentiel lorsqu’un notaire s’installe ou s’associe. Les études sont aujourd’hui des entreprises notariales pour lesquelles il est besoin par exemple de se former au management ou au développement de nouveaux marchés. Il appartient à chacun de trouver la formation qui nous convient en plus de celles proposées par les instances de notre profession.

Cédric Daugan, Notaire à Paris et Président du 50e Congrès du MJN

Comment s’est passé le dernier congrès du mouvement ?
Le Congrès s’est très bien passé, les congressistes étaient, semble-t-il, heureux, et nous ont rapporté que l’organisation avait été très fluide. Une preuve de la réussite ? Alors que le temps était radieux, et la mer magnifique, nous étions environ 80 personnes en commission de travail. Il y avait donc un réel intérêt pour le thème de notre congrès. Près de 50 % des participants étaient de nouveaux congressistes. Les échanges ont été techniques et assez pratiques. Nous avons eu l’honneur de compter parmi nous deux anciens présidents du CSN, dont Me Jean-Paul DECORPS, spécialiste en Droit International, qui ont apprécié la qualité des débats. De nombreux novices qui font pourtant peu de droit international privé dans leur pratique quotidienne, nous ont également vivement remercié.

Quelle est la particularité du MJN ?
Le MJN est un lieu d’échanges pour tous les notaires et leurs collaborateurs : c’est l’état d’esprit qui est « jeune », car nous comptons des notaires de tous âges, et ce mélange de générations enrichit la qualité de nos débats.. C’est donc un lieu où des notaires expérimentés échangent avec de plus jeunes notaires qui viennent de s’installer ou ont un projet d’installation. Les collaborateurs ont aussi bien sûr la parole libre. C’est un espace de collaboration et d’entraide.

Que constatez-vous sur les notaires et le soutien qui leur est apporté ?
Les formules doivent évoluer, parce que les gens ont moins de temps. Un exemple, le MJN organise un Forum de l’Installation pour aider les jeunes notaires, c’est un moment gratuit et de qualité, or il n’y avait pas assez de participants cette année. La même chose pour le CSN qui a réduit l’ampleur de son événement à destination des créateurs d’études par manque d’inscrits. C’est un vrai sujet de société, parce que, d’un côté, les gens ne se sentent pas aidés, et, de l’autre, l’offre pour aider ne trouve pas beaucoup de public, sans doute parce que les gens n’ont plus de temps, que tout se passe « en ligne ». Néanmoins, en ce qui nous concerne, nous serons l’année prochaine en Italie, pour discuter du bien-être au travail.

Jordan Belgrave

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°78

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