En France, le paysage associatif dessine de nouveaux reliefs.

Les temps changent. Les associations évoluent elles aussi. Dans un monde en perpétuel mouvement depuis deux décennies, on en compte en France 1,3 million (M) et leur nombre augmente sensiblement chaque année au taux moyen de 2,8%. La grande majorité s’appuie sur ses 13 M de bénévoles, beaucoup d’entre elles sont professionnalisées et 167 505 emploient près de 1,84 M de salariés [1].

Les associations impliquent une population tout entière et elles font figure de valeur sûre par la diversité des formes et des dynamiques de leurs statuts. Certaines ont connu les mutations socio-économiques profondes opérées lors des vingt dernières années sur un fond de chômage croissant et de précarisation rampante difficiles à endiguer. Avec la crise, d’autres ont fait face dès 2009 à des besoins sociaux accrus mais toutes sont désormais confrontées à l’érosion inexorable des financements de l’État et des collectivités territoriales. Une enquête réalisée fin 2011 par France Active et le Mouvement associatif a ainsi montré que 69% des 700 associations interrogées étaient directement touchées.

Adaptations nécessaires

Une période plus récente a vu « la poursuite du processus de décentralisation et avec lui, le transfert de compétences et de ressources de l’État (…) qui explique notamment la baisse progressive du poids de l’État et la montée en charge des collectivités locales », observe Viviane Tchernonog, chercheur au Centre d’Économie de la Sorbonne (Cnrs, Université Paris 1). La même période a été marquée « par un contexte de professionnalisation des associations » estimé « nécessaire en raison des normes réglementaires qui encadrent de façon croissante leur activité. » [2]

Dernièrement, la suppression de la réserve parlementaire a asséné un nouveau coup dur à bon nombre qui ne pourront plus bénéficier de cette manne chiffrée à plus de 50 millions d’euros. Avec le recul des aides dans un contexte de dette et de déficit publics, le secteur associatif n’a donc pas d’autre alternative qu’emprunter des logiques d’action différentes pour répondre à de futurs enjeux de cohésion sociale, liés à l’apparition de nouvelles familles et de solidarités nouvelles. Qu’ils agissent encore pour le sport, les loisirs, l’environnement ou qu’ils œuvrent pour la culture, la santé et l’action sociale, les acteurs associatifs auront aussi à évoluer dans une société qui apparaît déjà comme le nouveau territoire de conquête de l’homo numericus.

#Familles

Lointaine est l’époque où la famille se figeait dans le schéma du couple conventionnel en ménage ou de l’adulte seul(e) vivant avec son ou ses enfant(s). Ses structures se sont amplement diversifiées depuis et les vingt dernières années ont été jalonnées de l’adoption du Pacs en 1999 puis du Mariage pour tous en 2013. Un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) relève en outre que « les progrès de la science et de la médecine dans les domaines de la procréation ont transformé le rapport à la conception et à la naissance » [3]

Assise principale de la société, la famille reste cependant le cadre majeur de la vie sociale. Elle est constituée à 75% par le couple ; 19% sont monoparentales et 6% recomposées. « La volonté des individus d’affirmer librement leur choix d’une forme d’union, note le rapport, va de pair avec le maintien d’une aspiration forte à la vie en couple stable. »

L’Unaf fait la force

Née dès l’après-guerre, l’Union nationale des Associations familiales (Unaf, 7 100 salariés, plus de 15 000 représentants bénévoles) agit pour la défense des intérêts matériels et moraux de 18 M de familles en France. Pour ce faire, elle poursuit le dialogue social permanent avec les pouvoirs publics.

Afin de mener ses actions et ses missions confirmées par la loi du 11 juillet 1975, l’Unaf déploie un vaste réseau de 13 unions régionales et 99 unions départementales dans des territoires « souvent délaissés par les services publics ». Toutes rassemblent 71 mouvements familiaux et 7 000 associations auxquelles sont affiliés quelque 700 000 adhérents. L’Unaf précise toutefois qu’elle est «  la représentante de toutes les familles, dans la réalité de leur ensemble, sans aucune exception ».

Partenaire institutionnel incontournable et experte de terrain, elle est indépendante de l’État. Elle intervient dans la sphère socio-économique en soutenant le rôle « capital » des familles dans la croissance du pays en termes de consommation, de démographie et de développement durable. À l’échelon politique, l’Unaf est une force d’avis et de propositions conformes aux intérêts de tous. Elle assure également la protection juridique des majeurs fragiles confiés aux Udaf et elle peut saisir la justice dans l’éventualité d’intérêts familiaux menacés [4]

Retour de confiance

Très récemment, la présidente Marie-Andrée Blanc a appelé à la « relance de la politique familiale » lors de l’assemblée générale de l’Unaf, le 24 juin dernier à Blois (Loir-et-Cher). « Il faut redonner un cap, de la vision, de l’espoir. Il faut redonner confiance aux familles » a-t-elle revendiqué à la tribune, interpellant Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sur « la chute de l’indice de fécondité, les menaces qui pèsent sur les systèmes de retraite, les risques liés au surendettement, à la santé et à la perte d’autonomie. » Marie-Andrée Blanc a par ailleurs vivement plaidé pour « la refonte de l’accueil de la petite enfance » et « une meilleure prise en compte des vulnérabilités ».

En écho est venu l’engagement d’Agnès Buzyn, assurant sur place que sa politique à venir « s’attachera d’abord à rénover l’accompagnement des familles ». Pour mieux répondre aux attentes et aux besoins, la ministre a déclaré qu’elle pensait aussi « à la petite enfance et au dispositif de soutien à la parentalité ». Elle a également réaffirmé son souhait de « construire une offre globale et cohérente de services d’accompagnement des familles » avec les collectivités locales et les partenaires publics et privés.

D’autres schémas

De l’adoption du Pacs en 1999 à la déjudiciarisation du divorce en janvier 2017, la mutation de la famille a connu en vingt ans des étapes importantes dont certaines ont conduit à l’émergence de familles monoparentales et recomposées. Cette augmentation importante s’explique par « une progression des séparations » d’après le Cese, qui estime que le nombre de ces familles a doublé depuis les années 1980.

En mai 2013, le mariage pour tous a constitué une avancée nouvelle, à même de modifier davantage les formes classiques de la conjugalité. D’après l’Insee, 7 367 mariages entre personnes de même sexe ont été célébrés en 2013 et 10 522 l’année suivante. Pourtant enthousiastes à l’annonce de la loi, les associations de défense des droits des homosexuels éprouvent à présent un sentiment d’inachevé quant à la procréation médicalement assistée, l’adoption et la filiation hors mariage.

Au chapitre juridique, il reste à adapter les niveaux de protection qui ne sont pas les mêmes selon les formes d’union. Des interrogations se font jour sur le Pacs, le divorce sans juge, la séparation, l’adoption de l’enfant du conjoint, la place du beau-parent ou la protection du patrimoine du mineur. À ces questions, les notaires apporteront des réponses lors de leur prochain congrès.

#Solidarités

Les projections de l’Insee laissent pantois. En 2060, la France métropolitaine recensera 73,6 M d’habitants, dont 26,3 M auront plus de 60 ans. Soit une personne sur trois, quelles que soient les hypothèses sur l’évolution de la fécondité, des migrations ou de la mortalité. Les plus de 75 ans et les plus de 85 ans atteindront les 12 et les 5,5 M. On comptera encore 270 000 centenaires, soit treize fois plus qu’aujourd’hui.

La croissance forte des seniors d’ici 2060 s’explique surtout par l’avancée en âge des générations du baby-boom et le siècle qui s’ouvre sera celui des aînés plus nombreux que les plus jeunes. Une première pour l’humanité.

Aujourd’hui

Déjà structurées de longue date, de très nombreuses organisations et associations nationales ou locales œuvrent à l’amélioration des conditions de vie d’une population âgée parfois confrontée aux difficultés. Bon nombre militent aussi pour la défense des retraités et la plupart figurent parmi les associations les plus représentatives. Au quotidien, elles sont autant de soutiens concrets à même de proposer des actions solidaires adaptées aux besoins, en intervenant à court ou plus long terme.

En 2014, une mobilisation nationale contre l’isolement des âgés, baptisée « Monalisa » a été lancée pour contrecarrer l’isolement social de 5,5 M de Français, dont 1,2 M ont plus de 75 ans. Dans le principe, il s’agit de constituer sur le terrain des équipes citoyennes qui mèneront à bien des projets porteurs de lien social et de relations enfin rétablies avec les oubliés de la société.

Organisations, institutions et organismes citoyens adhèrent à cette démarche collaborative qui met en réseau les initiatives existantes et incite au bénévolat associatif et à l’entraide avec les seniors. En 2015, une cinquantaine de départements y étaient déjà engagés.

« Monalisa, c’est l’appui des initiatives locales au plus près des personnes portées par les habitants qui peuvent s’engager dans une charte de l’équipe citoyenne, » précise Jean-François Serres, référent national de Monalisa. « Dans cet engagement, poursuit-il, l’équipe citoyenne bénéfice des partenariats facilités des collectivités locales, des caisses de retraite, des acteurs de la gérontologie et des associations de son territoire. » [5]

Demain

La loi d’adaptation de la société au vieillissement est entrée en vigueur le 1er janvier 2016. Essentiellement centrée sur le maintien à domicile, elle tend à réadapter le logement des seniors par l’aide publique et à reconsidérer l’espace urbain (mobilité, transports, services de proximité). Elle met encore en place les futures résidences autonomie, privilégie la santé, la prévention et la sécurité, elle précise le statut des aidants, leur accorde des droits et revalorise l’Allocation personnalisée d’Autonomie (Apa).

Placé auprès du Premier ministre, le Haut Conseil de la Famille, de l’Enfance et de l’Âge (Hcfea) a été installé plus tard en décembre pour renforcer la continuité et la complémentarité des politiques qui seront menées.
« C’est un début, une petite pierre de l’édifice mais ce n’est qu’un début, » témoignent des représentants d’associations face à une loi qui, faute de moyens suffisants, ne répond pas complètement aux enjeux du choc démographique.
Il reste en effet beaucoup à faire, alors que d’autres projets bénévoles naissent par le partage et l’échange dans les régions. Dans un article daté du 16 novembre 2016, le magazine La Vie s’attarde sur ces coopérations intergénérationnelles qui fleurissent partout contre l’isolement. « Des centaines d’associations et des collectifs locaux s’engagent (…) La solidarité s’exerce dans tous les domaines », constate l’hebdo.

Ces initiatives « réciproques » soignent « le mal-être, les difficultés », tissent « le lien social et familial » et sont « un gisement d’actions innovantes, porteuses d’avenir ». « Malgré ces engagements forts, tempère La Vie, la coupure entre les générations reste importante en France, plus forte que la moyenne européenne. » [6]

#Numérique

40% des Français sont aujourd’hui connectés à Internet et le bouleversement numérique s’étend aux associations qui aspirent à des outils de pointe pour mener des actions plus promptes et plus efficaces dans un environnement plus vaste. Mais face à des technologies en mutation constante, elles se heurtent parfois à des difficultés liées aux carences d’un savoir-faire qui appelle un accompagnement personnalisé.

En 2013 et 2016, Recherches & Solidarités et Solidatech ont réalisé une enquête auprès de 6 700 bénévoles et 1650 responsables associatifs afin d’observer les évolutions de leurs pratiques numériques. Les conclusions font apparaître que 73% des associations ont un site internet et que 62% fréquentent les réseaux sociaux. Un bilan comparatif pointe aussi « la forte percée » des outils collaboratifs « entre 2013 (22%) et 2016 (43%) ». Parce qu’ils sont adaptés, ces derniers « permettent ainsi de communiquer, d’échanger ou de décider plus rapidement et facilement » [7]

D’après l’enquête, de nouveaux usages se profilent pour le futur, dans les domaines des formations en ligne (42% à l’avenir vs 8% aujourd’hui), des collectes de dons (41% vs 13%) et des applications Smartphone pour lesquelles 39% d’acquéreurs potentiels expriment de l’intérêt, contre 9% d’utilisateurs actuels.

35% des associations disposent en outre de projets numériques. Mais le manque de temps, de moyens et d’expertise restent, selon l’étude, des obstacles à une bonne maîtrise des outils. La transition qui s’opère interroge aussi sur la protection de l’identité et des droits de la personne connectée. Qu’en sera-t-il demain de l’emploi et de la sauvegarde des données privées dans une société ubérisée ? La question est posée.

En moins de dix ans, l’avènement du numérique a bouleversé l’espace associatif en profondeur. Pour mieux appréhender la décennie qui vient et continuer d’évoluer dans le monde nouveau de l’humanité numérique, les associations devront encore réussir le défi de l’adaptation à sa culture.

Alain Baudin
Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°65


Notes

[1La France associative en mouvement, septembre 2014 et La France bénévole, juin 2017, Recherches & Solidarités, sous la direction de Cécile Bazin et Jacques Malet.

[2Les associations entre crise et mutations, (« Le paysage associatif français – mesures et évolutions », 2ème édition, 2013, Dalloz Juris éditions), Viviane Tchernonog.

[3Les évolutions contemporaines de la famille et leurs conséquences en matière de politiques publiques, (Avis du Conseil économique, social et environnemental, les éditions des Journaux officiels, novembre 2013), Bernard Capdeville.

[4Unaf, site officiel.

[5Monalisa, site officiel

[6Les générations se donnent la main, La Vie, 16 novembre 2016, Laurent Grzybowski.

[7La place du numérique dans le projet associatif en 2016, rapport d’étude, novembre 2016, Recherches & Solidarités et SolidaTech.

Partager cet article sur vos réseaux sociaux :